Friches culturelles – Les colosses aux pieds d’argiles

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30 années ! 30 années pour démontrer que ce projet fou qu’était l’Usine dont on nous disait au début “vous êtes jeunes, ça va vous passer” continue de s’épanouir. 30 années pour nous faire une place au point de faire partie du paysage genevois. 30 années pour peut-être commencer à donner l’impression que l’Usine est devenue une institution et que plus rien ne pourra l’ébranler.

Mais une fois la liesse retombée et les cotillons balayés, la dure réalité nous rattrape et cette fois au travers de l’actualité. Le 8 octobre dernier, le maire de Saint-Ouen, en France, a expulsé une autre association devenue institution : l’association Mains d’Œuvres qui propose des activités sociales, artistiques et culturelles depuis près de 20 ans et qui regroupait 70 salarié.es et 250 artistes en résidence. Cet événement, largement relayé par la presse et les réseaux sociaux, nous rappelle à quel point nos espaces singuliers, pluriels et hors-normes sont vulnérables.

Loin d’être un cas isolé, de nombreux lieux de création artistique, de diffusion, de culture et de lien social aussi appelés “friches culturelles” ou “ Tiers-Lieux” sont tous les jours mis en péril dans l’indifférence générale, loin des projecteurs.

Car oui, il existe en apparence un paradoxe : plébiscités par les institutions et parfois instrumentalisés par les pouvoirs publics, certaines politiques tendent à soutenir ces initiatives dites de « nouveaux lieux du lien social », « de l’émancipation et de l’initiative collective » ou encore de ce qu’on appelle aujourd’hui les “Tiers-Lieux”. Cependant, derrière ce terme fourre-tout, les “Tiers-Lieux” soutenus sont souvent des projets qui appartiennent aux industries créatives participant directement à la gentrification des quartiers et s’emboîtant parfaitement dans des mécanismes normés et bien huilés.

Ne s’inscrivant pas dans les cases jolies et aseptisées, les friches – lieux hors normes et proches des contre-pouvoirs revendiquant une diversité culturelle aujourd’hui au cœur des préoccupations contemporaines – qui ne demandent que des aménagements pour exister font face à des politiques réfractaires, autoritaires et destructrices mises en œuvre par des pouvoirs publics élus dont elles restent tributaires de leur bon vouloir.

Pour vous donner un exemple tout frais, pas plus tard qu’en octobre dernier, le conseil municipal voyait passer une énième motion du MCG visant l’Usine. Cette fois, faisant l’amalgame entre l’Usine et le trafic de drogues à Genève. Celle-ci cherchait à couper les subventions allouées au bâtiment pour l’année 2020, et ses défenseurs appelaient ouvertement à fermer l’Usine. Heureusement, la notion a été largement rejetée.

Alors oui, nous, les friches dont l’Usine fait partie, parfois petits, parfois géants, avons tous des pieds d’argiles car tributaires des pouvoirs publics. Mais ces derniers sont, et c’est ce qu’il ne faut pas oublier, soumis aux choix des citoyen.nes (vous!).
Continuons, sans relâche, à soutenir, manifester, rester attentif.ves et lutter pour la défense de ces lieux atypiques qui nous sont si chers.

Clément, Ian & Mahaud