Occupation de la Maison des Arts

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16 rue du Général-Dufour. Le Grütli. La Maison des Arts. Mais dans Maison des Arts, il y a maison. Et quand des mineur.e.s s’en retrouvent dépourvu.e.s, c’est la rue qu’iels habitent.

Partons du début. La Suisse. C’est ici que ça se passe. Un pays finalement assez joli, avec son lot de montagnes et de monuments historiques. La classe. Un pays aussi doté d’une constitution. Une sorte de charte, quoi, qui définit son identité, dans ses valeurs et dans ses lois. Une constitution qui, me semble-t-il, n’a pas juste été écrite sur un coin de table pour tromper l’ennui. On ose l’espérer. Mais pour mettre cartes sur table, je suis allée fouiner dans les vieux papiers de notre bonne vieille confédération helvétique, et j’y ai trouvé de bien belles déclarations. Je vous cite l’article 12 ici : « quiconque est dans une situation de détresse […] a le droit d’être aidé et assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine ».

Je vous l’avais dit, c’est plutôt cool. Alors sur cette base, on pourrait se dire que tout va pour le mieux (dans le meilleur des mondes possibles), que les droits des gens sont reconnus, garantis. Et pourtant.

Retour à la Maison des Arts. Le 13 janvier dernier, le collectif de lutte pour les MNA a entamé l’occupation du bâtiment. Ceci parce que, malgré la constitution, les lois nationales et internationales, et les discours politicards gênants sur les droits humains et compagnie, les mineur.e.s non accompagné.e.s sont dehors. Sans toit, ni droits. Et ça commence à faire un moment. Un jour, une nuit dehors, c’est déjà trop. Mais certain.e.s n’ont nulle part de décent et d’adapté où aller depuis des mois. Et là, il fallait s’y attendre, la coupe est pleine. Les carottes sont cuites. Les poules ont même des dents. Alors vous allez me dire : occuper le Grütli, quelle solution est-ce que ça apporte, réellement ? Eh bien, figurez-vous que là n’est pas le problème. C’est à l’État d’apporter des réponses aux MNA, pas à celles et ceux qui défendent leurs droits. Cette occupation, c’est un cri d’alerte. Dans les journaux, on lit souvent « on a tiré la sonnette d’alarme ». Appelons-le comme on voudra, mais le fond reste le même. Le Grütli est occupé parce que le collectif est sur les dents. Parce que cela fait des mois qu’il essaie d’attirer l’attention sur la situation des MNA, extrêmement vulnérables, seul.e.s, et invisibles. Et cela fait tout autant de mois que les politiques ne font rien, à part se rendre à des réunions et sourire en disant qu’iels font tout ce qu’iels peuvent.

Manifestement, pour le collectif, ça commence à bien faire. Et pour L’Usine aussi. Du fond du cœur de toutes les personnes qui la constituent, L’Usine soutient l’occupation du Grütli. L’Usine défend, dans ses valeurs les plus profondes, le respect des personnes et de leurs droits, peu importe leur statut juridique, leur âge, leur couleur de peau, leurs croyances, leur genre, la langue qu’iels parlent… N’est-ce pas ça, la dignité humaine ? Mais si ce n’est pas ce à quoi on assiste aujourd’hui, alors de quoi parle la constitution ?

Mystère.

Longue vie à la lutte, tant qu’il le faudra, dès qu’il le faudra, partout où il le faudra ! Force aux occupant.e.s du Grütli !
Force aux MNA !