Bla de mars 2019

Posté le .

L’USINE CENTRE CULTUREL… 

Depuis mon arrivée dans L’Usine, j’ai régulièrement été surpris par le manque d’explications et la non compréhension du public comme parfois de ses membres d’une de nos valeurs fondamentales. Alors oui, des valeurs et des luttes, on en défend plein à L’Usine : l’accessibilité de la culture au plus grand nombre, le rejet du profit comme seule but de nos activités, la lutte contre toute forme d’oppression, la pluridisciplinarité des activités culturelles proposées et bien d’autre encore.

Mais il en est une – fondatrice – qui définit à la fois notre fonctionnement, nos aspirations, et dont de nombreuses luttes que nous menons en découlent. Elle figure partout quand on parle de L’Usine mais on s’attarde que rarement sur elle. Alors vous avez deviné ? C’est l’autogestion (eh oui, comme dans « L’Usine, centre culturel autogéré »). Mais l’autogestion, savez-vous vraiment ce que c’est ?

Au début c’est plutôt simple : à notre arrivée à L’Usine si on ne s’était pas déjà un peu renseigné avant, on nous explique : « Ici il n’y a pas de hiérarchie, tout est horizontal. Un membre, une voie. Nous sommes tous égaux, et tu peux participer à toutes les décisions qui concernent le bâtiment en venant le lundi aux réunions de gestion. »

Jusque là, ok … Wow, mais c’est génial ! Et ensuite on s’interroge : comment ça fonctionne ? qu’est ce que ça implique ? 

Etymologiquement, le terme « autogestion » vient du grec « autos », qui signifie soi-même, et du latin « gestio », action de gérer, d’administrer. L’autogestion signifie donc « la gestion par soi-même ».

En allant chercher un peu plus loin, on peut lire qu’une organisation autogérée est une organisation où « toutes les décisions sont prises par la collectivité qui est, chaque fois, concernée par l’objet de ces décisions. C’est-à-dire un système où ceux qui accomplissent une activité décident collectivement ce qu’ils ont à faire et comment le faire » (C. Castoriadis-1979). On peut comprendre de cet extrait que l’autogestion est le mode de fonctionnement d’un collectif fondé sur la participation de toutes et de tous à l’ensemble des décisions, à tous les niveaux de la sphère collective.

D’un point de vue social, l’autogestion est un cadre idéal pour le développement de nouveaux rapports : étant tous égaux dans le processus de décision, il n’y a plus de décisionnaires et d’exécutants ou de dirigeants et de dirigés. On travaille et on vit autrement, ensemble, grâce à un partage des décisions et des savoirs. On doit renoncer à vouloir décider pour les autres et plutôt apprendre à faire connaître et valoir nos opinions au collectif. Comme toutes les opinions se valent, l’autogestion c’est aussi et surtout la recherche permanente du consensus. Les discussion pour nous décider peuvent prendre beaucoup de temps mais quand on y arrive, la décision finale est beaucoup plus satisfaisante et mobilisante. Il est en effet beaucoup plus épanouissant et motivant de s’investir dans un projet que l’on a choisit et dont on comprend le sens. Cela nous amène à un autre niveau de passion et de créativité. Par ailleurs, de par son horizontalité, le rapport parent/enfant qui revient régulièrement dans une organisation verticale disparaît pour laisser place à un nouveau niveau de maturité et de sens des responsabilités.

Au delà de son aspect social et fonctionnel, l’autogestion revêt aussi des dimensions plus politiques. En tant que moyen de « réappropriation de la décision par ceux qui auront à exécuter et mettre en œuvre cette décision» (Canivenc-2010) l’autogestion rend alors possible une émancipation de ses membres face à l’oppression de la relation entre dirigeants et dirigés ce qui l’inscrit directement dans une réflexion anarcho-communiste. Sa forme d’organisation collective, libre et égalitaire devient ainsi une démonstration concrète que les autorités, les dominations ou les hiérarchies ne sont pas fatales et qu’un autre modèle de fonctionnement est possible.

Loin de ces dimensions et aspirations politiques (toutes représentées parmi ses membres et qui pourront vous en parler bien mieux que moi en ces quelques lignes), L’Usine, en tant que centre culturel autogéré, est à mon sens et depuis sa création le fruit d’une volonté. La volonté partagée par des individus très différents mais qui se sentaient tous à leur manière à l’étroit dans leurs petites cases, de pouvoir s’épanouir en s’offrant et en offrant aux autres un espace d’expression culturel libre et pluriel dont eux seuls en définiraient les règles.

Et c’est l’héritage de cette volonté et liberté transmise par le fonctionnement en autogestion qui font de l’Usine ce qu’elle est aujourd’hui. L’Usine offre la chance incroyable de pouvoir faire ce que l’on veut. Tout ce dont on a besoin de se munir est de volonté et d’esprit d’initiative. N’importe quel membre de l’Usine, qu’il ou elle soit membre de la sécurité/accueil, du bar ou autre peut s’investir dans des projets variés, organiser un évènement, monter un tout nouveau projet culturel, se former sur le terrain pour apprendre un métier ou tout simplement profiter du lieu pour s’épanouir dans un projet artistique. Le crédo Do It Yourself (fait le par toi-même), prend ici tout son sens. L’Usine devient alors un magnifique terrain d’expérimentations au potentiel infini et permet parfois, quand le temps, l’argent et les énergies le permettent, de transformer ce Do It Yourself en Do It Together (faisons le ensemble). 

…AUTOGERE !

Ian