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So-so-so, solidarité

Actualité du 19 juillet 2021

Un mot bien à la mode, depuis quelques semaines. Brandi et jeté à tout va comme LA valeur universelle que personne ne contre, jamais, nulle part.

 

Être solidaire, c’est comme être pour l’amour, les arbres, le soleil : ça coule de source, ça ne se discute pas.

 

Pourtant, j’en ai rencontré être contre l’amour lorsqu’il enferme et empêche, contre un arbre qui menace de s’effondrer sur la baraque, contre le soleil en plein mois d’août à Fréjus sans crème solaire.

 

Je me demande donc si ce n’est pas avant tout une question de contexte. Alors contextualisons.

 

Refuser d’utiliser les caisses automatiques dans un supermarché, se déplacer à vélo (pas électrique), marcher et chanter au milieu de 20’000 femmes* et hommes solidaires, faire ses courses à l’épicerie du village, ou acheter un bouquin chez un libraire plutôt que dans une grande surface pourraient s’apparenter à des actes solidaires avec les employé.e.s, avec celles et ceux qui subissent – directement ou indirectement – les effets de la pollution de l’air, avec les femmes* du monde entier, avec les paysan.ne.s et commerçant.e.s locaux/ales; à la condition d’une vision commune de préservation des emplois, de soin à l’environnement, de respect de la diversité des genres – et du non-genre, et de soutien à l’économie locale.

 

Penser la vaccination contre la COVID-19 comme une preuve de solidarité avec les personnes à risque et le personnel médical n’est pas une hérésie, à condition d’approuver la vision sanitaire conventionnelle, dont l’objectif principal est l’élimination des risques et, par extension, la prolongation de la vie; et ce à quasiment n’importe quel prix. Une vision dont le fondement primaire est la réduction de l’humain.e au seul statut de consommateurice de solutions scientifiques et d’avancées techno-médicales.

 

Et si cette vision n’était pas universelle ?
Et si d’autres visions existaient ?
Où nous accueillons et chérissons la condition mortelle de l’être humain.
Où nous sommes prêt.e.s à prendre le risque d’être infecté.e.s, tomber gravement malade, mourir.
Où nous acceptons de voir nos semblables, nos proches, succomber de la COVID-19 – ou d’autre chose.

Alors quoi ?

 

Alors l’argumentaire vaccinal solidaire ne tient plus. Alors la solidarité devient une injonction, une réponse inattaquable qui met fin au débat et empêche toute remise en question, un argument qui arrange, bien pratique.

La solidarité devient hypocrisie.

 

« Le respect de la vie, infiniment complexe, échappant à toute explication rationnelle, a été remplacé progressivement par le respect du pouvoir dont les décisions, rationalisées par les experts, sont imposées à la femme et à l’homme de la rue, les privant de leurs libertés et les faisant douter de leur bon sens. Les besoins de cette femme et de cet homme ne sont plus exprimés que par des nombres. En identifiant bonheur et possession, le pouvoir estropie l’être humain tout en justifiant une lutte sans merci pour accaparer au profit du plus fort les ressources matérielles nécessairement limitées. » 

Pierre Lehmann, Vivre dans un monde fini, éditions d’en bas, 2015

 

Parce qu’une collectivité qui impose l’immunisation de ses membres est une collectivité qui refuse l’évidence de leur mortalité, qui attend d’elleux qu’iels soient autre chose que ce qu’iels sont, qui n’agit plus pour leur bien-être mais pour la perpétuation morbide de mécanismes qui ne profitent qu’à une élite. Une collectivité qui fait preuve de beaucoup de choses, mais pas de solidarité.

 

« Dans les pays développés, l’obsession de la santé parfaite est devenue un facteur pathogène prédominant. […] Chacun exige que le progrès mette fin aux souffrances du corps, maintienne le plus longtemps possible la fraîcheur de la jeunesse, et prolonge la vie à l’infini. Ni vieillesse, ni douleur, ni mort. Oubliant ainsi qu’un tel dégoût de l’art de souffrir est la négation même de la condition humaine. »

Ivan Illich, L’obsession de la santé parfaite, le Monde diplomatique, 1999

 

signé : une Usinienne