L’Usine, une repentie qui sort de l’omerta

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Hier est paru dans la Tribune de Genève nos réactions dans une interview suite aux propos tenus par Sami Zaïbi dans l’article paru le 26 mars 2019 dans la Tribune de Genève et intitulé « Les liens troubles entre l’Usine et les dealers de rue ». Parce qu’il nous parait essentiel de faire la lumière sur les accusations dont l’Usine est régulièrement la cible, voici notre réponse :

Le centre culturel autogéré de l’Usine est composé de 20 ateliers et groupes de programmation dont deux salles de concert, un bar, un théâtre, un cinéma, une radio, deux labels de musique, un magasin de disque, un espace d’art contemporain, un studio d’enregistrement, un atelier de couture, un atelier de photographie, deux studios d’enregistrement, un coiffeur, des ateliers d’artistes et bien d’autres encore. La diversité de ces activités aussi bien diurnes que nocturnes fait de l’Usine un lieu en perpétuelle activité : les visiteur.euse.s, les compagnies de théâtre, les artistes, les technicien.ne.s, les groupes de musique et le personnel entrent et sortent constamment. L’Usine est un lieu public et ouvert et nous en sommes fier.ère.s.

Pour autant, cela n’empêche pas l’existence d’un règlement recouvrant des problématiques variées : les personnes tenant des propos ou adoptant des comportements racistes, sexistes, violents, transphobes ou homophobes peuvent être expulsées du bâtiment. De la même manière, il est strictement interdit de dealer ou de cacher des drogues à l’intérieur de l’Usine. Toute personne prise sur le fait est systématiquement exclue et si elle récidive, l’accès à l’Usine lui sera interdit. En revanche, comme l’a bien rappelé le Maire de Genève Sami Kanaan, l’Usine est un lieu ouvert d’où personne n’est exclu à partir du moment où il en accepte les règlements internes. Tout un chacun.e a le droit d’entrer dans l’Usine comme elle.il a le droit d’entrer dans les magasins ou les espaces publics. Nous ne consultons pas les casiers judiciaires de nos visiteur.euse.s et nous n’allons ni trier au faciès, ni faire d’amalgames hâtifs. Les hommes noirs, dealers de rue ou non, sont traités comme tou.s.tes les autres tant que nos règles sont respectées. Ils ont donc le droit d’aller aux toilettes faute d’infrastructures dans l’espace public et il ont aussi le droit de manger lorsque l’une ou l’autre association offre un repas à son public. Nous ne voyons pas pourquoi nous leur refuserions cela.

Les « liens troubles entre l’Usine et les dealers », « l’omerta » dont nous ferions preuve (terme lié au crime organisé) ; toutes ces allusions à une supposée forme de trafic porté ou soutenu par l’Usine nous étonnent et nous consternent. Le trafic de drogue est intentionnellement concentré dans certains quartiers (comme la Jonction ou les Pâquis) au moyen d’une politique publique qui vise à écarter les dealers d’autres zones urbaines plus favorisées. Ces questions sont en outre liées à une mauvaise politique migratoire européenne et helvétique. N’est-ce pas aux autorités qu’incombe la responsabilité de répondre aux questions posées dans cet article ?
Selon la dernière étude de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, Genève est la cinquième ville européenne à consommer le plus de cocaïne. Le deal de rue n’est qu’une petite facette de cette problématique, mais sûrement la plus visible. Comme toujours, les personnes les moins privilégiées sont les premières à être sur la sellette. À Genève comme partout ailleurs, lorsqu’on en a les moyens, on ne deal pas dans la rue. Ainsi, la visibilité du deal de rue engendre une répression disproportionnée et raciste de personnes qui subissent aussi le système de la drogue. Le contrôle au faciès est d’ailleurs systématique et, tout homme noir, dealer ou non, en souffre dans les environs de l’Usine. Nous ne cherchons ni à minimiser les problèmes liés au trafic de stupéfiants, ni à soutenir les dealers de rue dans leur pratique, mais à souligner que ce sont toujours les moins privilégié.e.s qui sont exposé.e.s à la violence policière et à la colère publique.

Afin de clarifier notre position en la matière, nous nous adresserons aux personnes ayant signé la pétition contre le deal de rue dans le quartier de la Coulouvrenière. Il est important pour nous de leur parler directement, sans intermédiaire journalistique.